Les débuts de la collection Daniel Couturier de paravents contemporains

C’est en Décembre 1998  qu’un  couple  est rentré dans ma galerie l’Atelier  à Angers où nous étions   installés depuis plus de dix ans. L’épouse d’un ton passablement agacé s’oppose à l’achat d’une toile remarquée par son mari, elle vient vers lui, le prend par le revers de sa veste et lui dit « viens, c’est point utile une toile ! »

Placé entre elle et la porte, j’ai pensé qu’une réponse s’imposait. «Vous voulez une toile utile Madame, alors donnez-moi votre adresse, dans six mois je vous organise une exposition de paravents, ne pare t-il pas du vent ? C’est sa destination première. Ne modifie t-il pas les volumes? N’apporte t-il pas un décor, ne cache-t-il pas la misère ? Le paravent est donc bien une «toile utile»! Elle ne manquait pas d’un certain humour cette dame car elle me tendit la main en me disant «D’accord, dans six mois et vous savez comment l’on qualifie ceux qui se dédisent.»

C’est donc à ma demande que douze artistes de mes amis réalisèrent chacun un paravent, autant d’objets révélateurs de la «patte» et du talent des signataires. Ils furent exposés du 3 au 12 novembre suivant dans le hall de la Caisse d’Épargne d’Angers car les paravents demandent beau- coup de place pour être appréciés à leur juste valeur artistique. Il fallait un vaste volume et une large surface et cette salle était, pour ce cas, la seule disponible.

Le couple était présent à l’inauguration. L’exposition fut prolongée jusqu’au 30 du mois compte tenu du succès obtenu.

présent à l’inauguration. L’exposition fut prolongée jusqu’au 30 du mois compte tenu du succès obtenu.

Photo de Daniel et de ses paravents
Une photo de Daniel et de ses paravents

La première exposition

Derrière  les châssis mobiles  se cachaient  les signatures de  Michel Moreau,  Catherine  Faure, Claude  Maillard, Gilles Lamour, François Moreau, Benoît Pavie, du Romain Franco Costa, peintre officiel de l’America’s Cup, des artistes internationaux qui ont choisi l’Anjou pour terre d’élection comme le Bolivien Pedro Portugal, le Catalan Joseph Grau-Garriga, l’Allemand Martin Lersch et l’Anglais Andrew Painter. Cette exposition eut un grand retentissement car la dernière exposition du genre datait en effet de 1950, groupant dans une galerie parisienne une dizaine de modèles. L’objet lui-même fascinait le public qui retrouvait dans ses formes le souvenir lointain et nostalgique d’une société perdue mais aussi la modernité d’expression des artistes contemporains confrontés à une autre surface que celle de la toile.

Les demandes d’expositions affluèrent en 2000, d’abord localement, Mairie des Ponts de Cé (49), Maison de la Presse de Longué (49) puis en 2001 Walter Arnold, président du Musée Alte Kelten d’Ellmendingen près de Pforzheim, averti par un architecte de Stuttgart qui avait visité l’exposition d’Angers, fit venir la collection et la présenta du 6 au 13 mai.

Elle s’était enrichie des oeuvres de Patrick Fontaine et de Pascal Proust qui apportait, en première mondiale si l’on peut dire ainsi, ses «paravents à systèmes» immédiatement repérés par le maire de Kelten qui fit l’acquisition du premier jamais réalisé, pour sa mairie.

De retour d’Allemagne, la collection est demandée  en exposition au Musée du château Saint-Jean à Nogent-le-Rotrou (28). Le conservateur, Madame Lecuyer-Champagne alerte les artistes parisiens dont les travaux complètent heureusement  l’ensemble de la collection, paravents de Jean-Claude Bodin, Carole lvoy, Bernadette Kelly, Mino, Joy de Rohan-Chabot, Claude Berche et Jean-Claude Callaud.

Tous redonnent vie à cet objet ancien en transformant en paravents tableaux, oeuvres d’art où chacun laisse vagabonder son imagination ou applique sa technique. Et personne ne reste insensible au travail réalisé par ces contemporains !

Prévue du 17 janvier au 4 mars 2002, l’exposition est prolongée d’un mois, reçoit deux fois la télévision et de nombreuses écoles.

C’est alors au tour du château  départemental  de Montsoreau (49) d’accueillir l’ensemble de ces paravents tout l’été 2003 dans ses vastes greniers. Ce château, situé au confluent de la Loire et de la Vienne est connu de tous par le truchement du célèbre roman d’Alexandre Dumas «La dame de Montsoreau» et est de ce fait très visité.

À cette occasion, la collection s’est enrichie des œuvres de trois nouveaux artistes, le paravent tout rehaussé d’or de Constance Fulda, la belle réalisation du photographe Xavier Bénony et la création du peintre marocain Lahousseine Maouhoub.

Le succès de la collection de paravents contemporains

L’exposition est prolongée jusqu’au 15 décembre, date de la fermeture hivernale du site. Plusieurs artistes plasticiens, pendant l’été, prirent connaissance  de ma démarche,  celle de relancer  puis promouvoir le paravent en regroupant des oeuvres mais aussi en les exposant, ils cherchèrent à me rencontrer pour se joindre au mouvement. Ce fut le cas du belge Marcel Hasquin, un ami du Bolivien Pedro Portugal, un des premiers à s’enthousiasmer  pour le projet, d’Alexandre  Fedorkow, du Polonais Grzegorz Jakubowski  qui exposait à cette période  au château de Langeais.

De mon côté, je prends contact avec Elisabeth Lemaigre-Voreaux qui possède une galerie atelier à Barbizon et exposait un ensemble des œuvres de Joëlle Courtois, elle aime créer des paravents avec des éléments naturels, ainsi qu’avec Charles Rousselet, le peintre de Blois que j’expose à l’Atelier depuis trois ans.

Je persuade, assez facilement un autre poulain de la galerie, le Breton Daniel Girault, de se pencher sur la réalisation d’un paravent, il met à profit sa présence dans son atelier de Pont-Aven (septembre/octobre) pour brosser un vaste objet qu’il nomme Pont-Aven puisque les paysages qu’il a représentés sont ceux de ce village historique.

C’est alors que je rencontre à Brouage, l’œuvre du créateur Christophe Masson. Il expose dans la poudrerie du fort, un ensemble de meubles contemporains et sa technique très élaborée m’engage à lui demander un paravent pour la collection, il accepte avec enthousiasme. Puis vinrent Sylvie Jouzeau et Laure-Pauline qui, chacune dans sa sphère, cherchaient à s’exprimer sur ce support remis au goût du jour.

La collection de paravents contemporains attire d’autre artistes

À ma demande, le Yougoslave Miki Tica, qui conçut et réalisa la plaque commémorative de Brel aux Marquises, conçoit un paravent qu’il assortit d’une chaise à l’instar de Bugatti et du duo Garouste et Bonetti. Enfin,  à la suite de sa grande rétrospectiveau  château  de Ripaille à Thonon-les-Bains, le sculpteur métallier René Broissand apporte  son unique paravent à la collection, alliant bien art et technique.

C’est cet ensemble de 40 paravents réalisés par ces artistes confirmés que présenta le médiatique musée de la Piscine à Roubaix avec les travaux de 39 artistes du Nord ainsi que des chefs d’œuvres prêtés par des collections publiques.

Cela fit l’objet d’un catalogue édité par Samogy, « Histoire de paravents ».

En décembre 2010, la gazette de l’Hôtel Drouot dans un article de la rubrique « Tendance » souligna que cette exposition « fit date ». Depuis la collection a été exposée régulièrement en 2006 à la Bibliothèque Forney à Paris, de mai à juillet, cette exposition au centre de Paris attira une foule considérable. C’est dans la cour de ce vénérable monument qu’est l’Hôtel de Sens datant du XVIème siècle qu’Alexandre Fedorkov réalisa son premier paravent Land Art.

En 2007, de septembre à fin octobre, la collection fut exposée au Centre d’Art Contemporain du Château de Saint-Auvent invité par Pierre et Annick Debien  avec comme point fort la Journée  du patrimoine » FR3 Limoges  consacra  une émission TV de plus d’un  quart d’heure  à l’évènement.

En 2008, la collection fut exposée à Barbizon dans la grande salle des fêtes, puis en 2009 elle se retrouva exposée à Hillion (35) près de Saint- Brieuc. La ville de Hillion organisa avec les écoles de la région un grand nombre de visites ce qui apporta une presse abondante  et aussi concouru au succès de l’initiative du peintre Daniel Girault habitant dans l’un des écarts, « la Ville fini » et auteur d’un beau paravent intitulé « Pont Aven».

En 2010 il y eut deux expositions :

  1. En avril, mai la première au château de Gizeux (37) près de Langeais sous le titre « Une histoire de paravents» donnant l’occasion à Alexandre Fedorkov de créer un nouveau paravent land Art des plus intéressant. Radio bleue Touraine consacra une heure d’antenne à l’événement m’interviewant ainsi que Monsieur de Lafond le propriétaire du château.
  2. De fin juin à fin septembre elle fut exposée au manoir-musée de Réaumur (85) en Vendée ayant appartenu au fameux savant Fourcheau de Réaumur connu encore pour avoir étalonné le thermomètre. Cette exposition attira plus de 8000 personnes et Alexandre Fedorkov put tout à loisir concevoir et monter un paravent Land Art nouveau  qu’il exposa dans le parc avec celui déjà exposé à Gizeux.

En 2011, du 28 avril au 19 juin, la collection fut exposée dans la salle des Ecrouelles de l’Abbaye de Paimpont en Forêt de Brocéliande (35) qui reçu plus de 5000 visiteurs. Sous l’intitulé, « exposition populaire et culturelle, étonnants Paravents ». Alexandre Fedorkov fut convié par la Communauté de commune de Plélan-le-Grand à concevoir avec les écoliers de toutes les écoles de la région un immense paravent Land Art de 30 feuilles de 60 cm chacune,  paravent hors du commun qui sera exposé en permanence  dans la salle de la future maison de Brocéliande actuellement en reconstruction. A la suite d’un concours réalisé dans le cadre de cette exposition par la Communauté de Commune avec vote du public, c’est le paravent de Francine Vaysse qui fut désigné. Il a intégré la collection. Vox populi !

La collection continue de grandir

C’est aussi pendant ces années d’expositions que la collection s’agrandit en accueillant les œuvres des artistes comme le danois Lief Nielsen en 2009, le parisien Jacques Saussier associé à Catherine Charreyre qui vit à Moscou, les tchèques Chabera et Matty de Prague, les strasbourgeois Paso et Hué plus reconnus outre Rhin qu’en France et en 2011, le paravent d’Aurore Dubé de Lorient qui en inventant un logiciel, conçu puis imprima une œuvre en impression numérique, démarche  d’avant-garde intéressante, le paravent haut en couleurs d’Angélique Durand « mer et flamme » à la demande du peintre Marcel Hasquin. Présentée par Gregor Jakubovski, Ewa Maslowska qui travailla longtemps en Suède où elle est connu pour ses livres d’enfants créa un premier paravent qui fut exposé à Réaumur, il est aujourd’hui à Cracovie, elle en réalisa un second qui fut exposé pour la première fois à Paimpont.

2011 vit aussi l’arrivée dans la collection du paravent de Isa Slivence plus connu pour ses œuvres en papier, ses illustrations de livres et ses décors sur porcelaine, son paravent est un hommage à Jules Verne, habitant la maison natale de la mère de l’écrivain en Dordogne.
Le polonais Tomek qui réside dans son atelier de Tanger six mois par an a créé également un paravent en métal qui sera joint à la collection lorsqu’elle débarquera au Maroc.

C’est surtout les œuvres originales et uniques des artistes marocains Lahousseine Maouhoub et Jamila Larichi de Meknès, Dounia Benamour de Fès, Raja Atlassi de Casablanca, du peintre Afif Bennani de Casablanca qui a conçu un paravent très évocateur du paysage marocain à la note colorée et chaleureuse ainsi que tout récemment une œuvre unique du peintre philosophe Abdallah Yacoubi, qui justifient amplement de voir la collection exposée cette fois-ci au Maroc sous l’égide de la Fondation de la Mosquée Hassan II de Casablanca, du Ministère de la Culture et du Syndicat marocain des arts plastiques, et ce, du 1er au 17 décembre  2011, successivement à la Médiathèque de la Mosquée Hassan II ainsi qu’à Rabat et à Meknès.

Ils forment un ensemble unique et l’on ne peut qu’être subjugué par la qualité plastique des sujets représentés et l’esthétique des positions défendues  montrant  ainsi  le  dynamisme  de  la  création  d’un  pays  ouvert,  avide  de  rencontres  et  comme  le  disait Mohamed  Choukri
«l’aventure tournera en amitié ».

Daniel Couturier
Décembre 2011

Commentaires

commentaires